Les conquêtes de la science et les
progrès de la médecine qui s'ensuivent ont
contribué de manière décisive, ces
dernières décennies, à prolonger la
durée moyenne de la vie. L'expression
«troisième âge» embrasse
désormais une couche considérable de la
population mondiale : des personnes qui sortent des
circuits de production, disposant encore de grandes
ressources et de grandes capacités de
participation au bien commun. A cette foule de
«young old» («vieux jeunes», comme
les démographes qualifient ces nouvelles
catégories de la vieillesse, situant leur
fourchette d'âge entre 65 et 75 ans) s'ajoute celle
des «oldest old» («les plus vieux des
vieux», qui dépassent les 75 ans), un
quatrième âge dont les rangs sont
destinés à grossir de plus en plus. (1)
L'allongement de la durée moyenne de la vie,
d'un côté, et la chute parfois dramatique de
la natalité, (2) de l'autre, ont engendré
une transition démographique sans
précédent, qui inverse littéralement
la pyramide des âges telle qu'elle se
présentait il n'y a pas plus de cinquante ans : le
nombre des personnes âgées connaît une
croissance constante, tandis que celui des jeunes est en
chute libre. Amorcé au cours des années 60
dans les pays de l'hémisphère nord, ce
phénomène touche aussi actuellement ceux de
l'hémisphère sud dans lesquels le processus
de vieillissement est encore plus rapide.
Cette sorte de «révolution
silencieuse», qui va bien au-delà des
données démographiques, pose des
problèmes d'ordre social, économique,
culturel, psychologique et spirituel dont la
portée fait l'objet, depuis déjà un
certain temps, d'une attention soutenue de la part de la
communauté internationale. Dès 1982 - au
cours de l'Assemblée mondiale sur les
problèmes du vieillissement de la population,
convoquée par les Nations Unies à Vienne
(Autriche), du 26 juillet au 6 août - un Plan
international d'action avait été
élaboré. Il demeure aujourd'hui encore un
point de référence au niveau mondial.
D'autres études avaient ensuite conduit à
la définition de dix-huit Principes des Nations
Unies pour les personnes âgées
(regroupés en cinq chapitres: indépendance,
participation, soins, réalisation personnelle,
dignité) (3) et à la décision de
consacrer aux personnes âgées une
Journée mondiale dont la date fut fixée au
1er octobre de chaque année.
La résolution de l'ONU de proclamer 1999
Année internationale des personnes
âgées et le choix même du thème
«Vers une société pour tous les
âges» confirment cet intérêt.
«Une société pour tous les âges
- a affirmé le secrétaire
général, Kofi Annan, dans son message pour
la Journée mondiale des personnes
âgées 1998 - est une société
qui, loin de réduire les personnes
âgées au rang caricatural d'infirmes et de
retraités, les considère au contraire comme
des agents et bénéficiaires du
développement». Donc une
société prenant en compte toutes les
générations et s'efforçant de
créer des conditions de vie capables de favoriser
la réalisation du grand potentiel du
troisième âge.
Le Saint-Siège - qui apprécie
l'intention de jeter les bases d'une organisation sociale
s'inspirant de la solidarité, où chaque
génération apporte sa contribution en union
avec les autres - désire collaborer à
l'Année internationale des personnes
âgées en faisant entendre la voix de
l'Eglise, aussi bien au niveau de la réflexion que
de l'action.
En appelant au respect de la dignité et des
droits fondamentaux des personnes âgées et
convaincu que celles-ci ont encore beaucoup à
donner et peuvent encore beaucoup donner à la vie
de la société, il souhaite que la question
soit affrontée avec un grand sens de
responsabilité par tous : individus, familles,
associations, gouvernants et organisations
internationales selon les compétences et les
devoirs de chacun et en vertu du principe très
important de la subsidiarité. En effet, ce n'est
qu'ainsi que l'on pourra parvenir à garantir aux
personnes âgées des conditions d'une vie
toujours plus humaine et à donner de la valeur
à leur rôle irremplaçable dans une
société connaissant des mutations
économiques et culturelles continuelles et
rapides. Alors il sera également possible
d'adopter des initiatives bien structurées visant
à exercer une influence sur les aspects
socio-économico-éducatifs destinés
à rendre accessibles à tous les citoyens,
sans aucune discrimination, les ressources
nécessaires pour satisfaire les besoins anciens et
nouveaux de ceux qui ont été
éloignés des circuits de la vie en
société, pour assurer la tutelle effective
de leurs droits, pour leur rendre des raisons de croire
et d'espérer, de participer activement à la
vie de la société et d'y appartenir.
L'attention et l'engagement de l'Eglise aux
côtés des personnes âgées ne
datent pas d'aujourd'hui. Celles-ci ont compté
parmi les destinataires de sa mission et de son attention
pastorale à travers les siècles et dans les
circonstances les plus variées. La
«caritas» chrétienne a pris en compte
leurs besoins, suscitant les uvres les plus
diverses au service des personnes âgées,
grâce surtout à l'initiative et à la
sollicitude de congrégations religieuses et
d'organisations laïques. Pour sa part, le
magistère ecclésial, loin de
considérer la question comme un simple
problème d'assistance et de bienfaisance, a
toujours rappelé l'importance primordiale de la
mise en valeur des personnes de tous âges,
rappelant à tous de faire en sorte que la richesse
humaine et spirituelle et les réserves
d'expérience et de conseil accumulées au
cours de vies entières ne soient pas perdues. Pour
confirmer cela, s'adressant à quelque huit mille
personnes âgées reçues en audience le
23 mars 1984, Jean-Paul II déclarait : «Ne
vous laissez pas surprendre par la tentation de la
solitude intérieure. Malgré la
complexité de vos problèmes [...],
les forces qui progressivement s'affaiblissent et
malgré les insuffisances des organisations
sociales, les retards de la législation
officielle, les incompréhensions d'une
société égoïste, vous
n'êtes pas et vous ne devez pas vous sentir en
marge de la vie de l'Eglise, comme des
éléments passifs d'un monde en excès
de mouvement, mais des sujets actifs d'une période
humainement et spirituellement féconde de
l'existence humaine. Vous avez encore une mission
à accomplir, une contribution à
apporter». (4)
La situation actuelle - inédite par de nombreux
aspects - interpelle toutefois l'Eglise à
procéder à une révision de la
pastorale des troisième et quatrième
âges. La recherche de formes et de méthodes
nouvelles, correspondant davantage à leurs besoins
et à leurs attentes spirituelles, et
l'élaboration de parcours pastoraux
enracinés dans le terrain de la défense de
la vie, de sa signification et de son destin semblent
être, en effet, une condition incontournable pour
inciter les personnes âgées à
apporter leur contribution à la mission de
l'Eglise et pour les aider à tirer un
bénéfice spirituel particulier de leur
participation active à la vie de la
communauté ecclésiale.
Tel est, à grands traits, le contexte dans
lequel s'insère ce document du Conseil Pontifical
pour les Laïcs. Un groupe de travail
constitué de représentants de divers
dicastères de la Curie romaine et de la
Secrétairerie d'Etat a contribué à
sa rédaction, ainsi que des responsables de
réalités ecclésiales (mouvements,
associations, congrégations religieuses) ayant une
longue expérience du monde du troisième
âge. En le mettant à la disposition des
conférences épiscopales, des
évêques et des prêtres, des
religieuses et des religieux, des mouvements et des
associations, des jeunes, des adultes et des personnes
âgées elles-mêmes, le Conseil
Pontifical pour les Laïcs - désigné
pour être le creuset des activités du
Saint-Siège pour l'Année internationale des
personnes âgées - espère qu'il
stimulera la réflexion et les efforts de
chacun.

I. SENS ET VALEUR DE LA
VIEILLESSE
Les attentes d'une longévité
vécue dans des conditions de santé
meilleures que par le passé, la perspective de
pouvoir cultiver des intérêts liés
à un degré d'instruction plus
élevé des personnes, le fait que la
vieillesse n'est plus toujours synonyme de
dépendance et qu'elle ne nuit donc pas toujours
à la qualité de la vie ne semblent pas
suffir à faire accepter cette période de
l'existence que bon nombre de nos contemporains
considèrent exclusivement comme une
fatalité inévitable et pénible.
En effet, l'image la plus répandue aujourd'hui
est celle du troisième âge comme phase de
déclin où l'insuffisance humaine et sociale
est donnée pour acquise. Il s'agit pourtant d'un
stéréotype qui ne correspond pas à
une condition des faits qui, dans la
réalité, est beaucoup plus
diversifiée car les personnes âgées
ne constituent pas un groupe humain homogène et la
vieillesse est vécue de façons fort
différentes. Il existe une catégorie de
personnes capables de saisir la signification de la
vieillesse dans l'existence humaine et qui la vit non
seulement avec sérénité et
dignité, mais aussi comme une saison de vie
offrant de nouvelles occasions de croissance et
d'engagement. Et puis il y a une autre catégorie -
précisément la plus nombreuse de nos jours
- pour laquelle la vieillesse constitue un traumatisme.
Il s'agit de personnes qui, face à leur propre
vieillissement, adoptent des comportements allant de la
résignation passive à la rébellion
et au refus désespérés. En se
repliant sur elles-mêmes et en se plaçant en
marge de la vie, ces personnes enclenchent un processus
de dégradation physique et mentale.
Nous pouvons donc affirmer que les visages des
troisième et quatrième âges sont
aussi nombreux qu'il existe de personnes
âgées et que chaque personne prépare
la façon de vivre sa vieillesse au cours de
l'ensemble de sa vie. En ce sens, la vieillesse
croît avec nous et la qualité de notre
vieillesse dépendra surtout de notre
capacité à saisir son sens et sa valeur,
aussi bien sur le plan purement humain que sur celui de
la foi. Il faut donc situer la vieillesse dans un dessein
précis de Dieu qui est amour, en la vivant comme
une étape sur le chemin par lequel le Christ nous
conduit à la maison du Père (cf. Jn 14, 2).
De fait, ce n'est qu'à la lumière de la
foi, forts de l'espérance qui ne
déçoit jamais (cf. Rm 5, 5), que nous
serons capables de la vivre comme un don et comme un
devoir, d'une manière véritablement
chrétienne. C'est le secret de la jeunesse de
l'esprit que nous pouvons cultiver malgré le
passage des années. Linda, une femme qui a
vécu 106 ans, a laissé un merveilleux
témoignage en ce sens. A l'occasion de son
101ème anniversaire, elle confiait à une
amie : «J'ai 101 ans, mais je suis forte, tu sais.
Physiquement, j'ai quelques problèmes, mais
spirituellement je fais tout, je ne me laisse pas
affliger par les choses physiques, je ne les
écoute pas. Je ne vis pas la vieillesse parce que
je n'écoute pas ma vieillesse : elle va de l'avant
toute seule, mais moi je ne lui accorde pas d'importance.
Le seul moyen de bien la vivre, c'est de la vivre en
Dieu».
Corriger la représentation négative que
l'on se fait actuellement de la vieillesse constitue donc
un engagement culturel et éducatif qui doit
impliquer toutes les générations. La
responsabilité envers les personnes
âgées consiste à les aider à
saisir le sens de leur âge, en en appréciant
les ressources et en rejetant la tentation du refus, de
l'autoisolement, de la résignation, du sentiment
d'inutilité et du désespoir. Nous avons une
responsabilité envers les
générations futures : celle de
préparer un contexte humain, social et spirituel
au sein duquel chaque personne puisse vivre pleinement et
dignement cette étape de la vie.
Dans son message adressé à
l'Assemblée mondiale sur les problèmes du
vieillissement de la population, Jean-Paul II affirmait :
«La vie est un don que Dieu fait aux hommes
créés par amour à son image et
à sa ressemblance. Cette compréhension de
la dignité sacrée de la personne humaine
conduit à accorder une valeur à toutes les
étapes de la vie. C'est une question de
cohérence et de justice. En effet, il est
impossible d'accorder véritablement une valeur
à la vie d'une personne âgée si l'on
ne donne pas vraiment sa valeur à la vie d'un
enfant dès le moment de sa conception. Personne ne
sait où l'on pourrait arriver si la vie
n'était plus respectée comme un bien
inaliénable et sacré». (5)
La construction d'une société prenant en
compte toutes les générations ne perdurera
que si elle est fondée sur le respect de la vie
dans toutes ses phases. La présence de tant de
personnes âgées dans le monde contemporain
est un don, une richesse humaine et spirituelle nouvelle.
Un signe des temps qui, s'il est pleinement compris et
accueilli, peut aider l'homme d'aujourd'hui à
retrouver le sens de la vie qui va bien au-delà
des significations contingentes qui lui sont
attribuées par le marché, par l'Etat et par
la mentalité dominante.
L'expérience que les personnes
âgées peuvent apporter au processus
d'humanisation de notre société et de notre
culture est on ne peut plus précieux et doit
être sollicité en mettant en valeur ce que
nous pourrions qualifier de charismes propres à la
vieillesse :
- La gratuité. La culture dominante mesure la
valeur de nos actions avec les paramètres d'une
efficacité qui ignore la dimension de la
gratuité. La personne âgée, qui vit
le temps de la disponibilité, peut attirer
l'attention d'une société trop
occupée sur l'exigence d'abattre les
barrières de l'indifférence qui avilit,
décourage et endigue le flux des impulsions
altruistes.
- La mémoire. Les générations les
plus jeunes sont en train de perdre le sens de l'histoire
et, avec lui, celui de leur identité. Une
société qui minimise le sens de l'histoire
élude la formation des jeunes. Une
société qui ignore le passé risque
aisément de reproduire ses erreurs. La perte du
sens de l'histoire est également imputable
à un système de vie qui a
éloigné et isolé les personnes
âgées, rendant ainsi plus difficile le
dialogue entre les générations.
- L'expérience. Nous vivons aujourd'hui dans un
monde où les réponses de la science et de
la technique semblent avoir supplanté
l'utilité de l'expérience de vie
accumulée par les personnes âgées au
cours de toute leur existence. Cette sorte de
barrière culturelle ne doit pas décourager
les personnes des troisième et quatrième
âges car elles ont beaucoup de choses à dire
aux jeunes générations, beaucoup de choses
à partager avec elles.
- L'interdépendance. Personne ne peut vivre
seul, mais l'individualisme et la volonté
exagérée des personnes de toujours se
mettre au premier plan masquent cette
vérité. Les personnes âgées,
qui recherchent la compagnie des autres, contestent une
société au sein de laquelle les plus
faibles sont souvent livrés à
eux-mêmes. Elles rappellent la nature sociale de
l'homme et la nécessité de recoudre le
tissu des rapports interpersonnels et sociaux.
- Une vision plus complète de la vie. Notre vie
est dominée par la hâte, par l'agitation, et
souvent même par la névrose. C'est une vie
dispersée, qui oublie les interrogations
fondamentales concernant la vocation, la dignité
et le destin de l'homme. Le troisième âge
est aussi l'âge de la simplicité, de la
contemplation. Les valeurs affectives, morales et
religieuses vécues par les personnes
âgées représentent une ressource
indispensable pour l'équilibre de la
société, des familles et des personnes.
Elles vont du sens de la responsabilité, de
l'amitié, de la non-recherche du pouvoir à
la prudence de jugement, à la patience et à
la sagesse, en passant par l'intériorité,
le respect de la création et l'édification
de la paix. La personne âgée saisit bien la
supériorité de l'«être» sur
le «faire» et sur l'«avoir». Les
sociétés humaines seront meilleures si
elles savent bénéficier des charismes de la
vieillesse.

II. LA PERSONNE ÂGÉE DANS LA
BIBLE
Il suffit d'ouvrir la Bible pour mieux comprendre le
sens et la valeur de la vieillesse. Seule la Parole de
Dieu peut nous rendre capables de sonder la
plénitude spirituelle, morale et
théologique de cette saison de la vie. Pour aider
à approfondir la signification des
troisième et quatrième âges, nous
souhaitons donc proposer ici plusieurs passages bibliques
accompagnés d'observations ou de réflexions
sur les défis qui se présentent à
ceux-ci dans la société contemporaine.
Tu honoreras la personne du vieillard (Lv 19,
32)
L'estime manifestée au vieillard dans les
Ecritures se transforme en loi : «Tu te
lèveras devant une tête chenue,
[...] et tu craindras ton Dieu» (ibid.). Et
encore : «Honore ton père et ta
mère» (Dt 5, 16). Une exhortation très
délicate en faveur des parents, en particulier
dans leur grand âge, se trouve également au
troisième chapitre du Siracide (vv. 1-16), qui
s'achève par une affirmation d'une gravité
particulière : «Tel un blasphémateur,
celui qui délaisse son père, un maudit du
Seigneur, celui qui fait de la peine à sa
mère». Il faut uvrer pour endiguer la
tendance, aujourd'hui répandue, à ignorer
les personnes âgées, à les
marginaliser et qui «apprend» aux nouvelles
générations à les abandonner :
jeunes, adultes et personnes âgées ont
besoin les uns des autres.
Nos pères nous ont raconté
l'uvre que tu fis de leurs jours, aux jours
d'autrefois (Ps 43 [44],
2)
Les récits des patriarches sont
particulièrement éloquents à cet
égard. Lorsque Moïse vit l'expérience
du buisson ardent, Dieu se présente à lui
en disant: «Je suis le Dieu de tes pères, le
Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob»
(Ex 3, 6). Dieu lie son nom aux grands vieillards qui
représentent la légitimité et la
garantie de la foi d'Israël. Le fils, le jeune
homme, rencontre Dieu - nous pourrions même dire
«reçoit» Dieu - toujours et seulement
à travers ses pères, les vieux. Dans le
passage que nous venons de citer, pour chaque patriarche
nous retrouvons l'expression «Dieu de ...»,
comme pour signifier que chacun d'eux a fait sa propre
expérience de Dieu. Or, cette expérience,
qui était le legs des personnes
âgées, était également la
raison de leur jeunesse intérieure et de leur
sérénité devant la mort. De
façon paradoxale, en transmettant ce qu'il a
reçu, le vieillard dessine le présent :
dans un monde qui exalte la jeunesse éternelle,
sans mémoire et sans avenir, cet
élément donne à
réfléchir.
Dans la vieillesse encore ils portent fruit (Ps
91 [92], 15)
La puissance de Dieu peut se révéler
dans la période de sénilité,
à un âge marqué par les limites et
les difficultés. «Mais ce qu'il y a de fou
dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour
confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le
monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre
ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance
et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a
choisi; ce qui n'est pas, pour réduire à
rien ce qui est, afin qu'aucune chair n'aille se
glorifier devant Dieu» (1 Co 1, 27-29). Le dessein
de salut de Dieu se réalise également dans
la fragilité de corps qui ne sont plus jeunes,
mais faibles, stériles, impuissants. Ainsi, c'est
des entrailles stériles de Sarah et du corps
centenaire d'Abraham que naît le Peuple élu
(cf. Rm 4, 18-20). Plus tard, les entrailles
stériles d'Elisabeth et un vieillard croulant sous
le poids des ans, Zacharie, donnent naissance à
Jean-Baptiste, le précurseur du Christ. Même
lorsque sa vie est marquée par la faiblesse, le
vieillard a donc des raisons de se considérer
comme un instrument de l'histoire du salut : «De
longs jours, je veux le rassasier, et je ferai qu'il voie
mon salut» (Ps 90 [91], 16), promet le
Seigneur.
Et souviens-toi de ton Créateur aux jours
de ton adolescence, avant que viennent les jours mauvais
et qu'arrivent les années dont tu diras : «Je
ne les aime pas» (Qo 12,
1)
Cette approche biblique de la vieillesse frappe
surtout par son objectivité désarmante. En
outre, comme le rappelle le psalmiste, la vie passe en un
rien de temps et elle n'est pas toujours
légère et indolore : «Le temps de nos
années, quelque soixante-dix ans, quatre-vingts si
la vigueur y est; mais leur grand nombre n'est que peine
et mécompte, car elles passent vite, et nous nous
envolons» (Ps 89 [90], 10). Les paroles du
Qohélet - qui décrit longuement, à
l'aide d'images symboliques, le déclin physique et
la mort - tracent un portrait amer de la vieillesse.
L'Ecriture nous met ici en garde contre les illusions que
nous pourrions nous faire sur un âge qui
réserve des ennuis, des problèmes et des
souffrances. Elle nous invite à nous tourner vers
Dieu durant toute notre existence car il est le point
d'ancrage vers lequel il nous faut toujours nous diriger,
mais surtout au moment de la peur que nous procure une
vieillesse vécue comme un naufrage.
Abraham expira, il mourut dans une vieillesse
heureuse, âgé et rassasié de jours,
et il fut réuni à sa parenté (Gn 25,
8)
Ce passage biblique apparaît d'une grande
actualité. Le monde contemporain a oublié
la vérité sur le sens et la valeur de la
vie humaine, imprimée par Dieu dès le
commencement dans la conscience de l'homme et, avec elle,
le sens plénier de la vieillesse et de la mort.
Aujourd'hui, la mort a perdu son caractère
sacré, sa signification d'accomplissement. Elle
est devenue taboue et l'on fait tout pour qu'elle passe
inaperçue, pour qu'elle ne dérange pas. Son
contexte aussi a changé : surtout si l'on est
vieux, on meurt de moins en moins chez soi et toujours
plus à l'hôpital ou dans une maison de
retraite, séparé de sa communauté
humaine. Les temps rituels du deuil et de nombreuses
formes de piété ont pratiquement disparu,
surtout en ville. L'homme d'aujourd'hui, comme
anesthésié face aux représentations
médiatiques quotidiennes de la mort, fait tout
pour éviter de se mesurer à une
réalité qui lui provoque des sensations
d'égarement, d'angoisse et de peur. Alors,
inévitablement, face à sa propre mort, il
est souvent seul. Mais, sur la croix, le Fils de Dieu
fait homme a renversé la signification de la mort,
ouvrant toutes grandes les portes de l'espérance:
«Je suis la résurrection et la vie. Qui croit
en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et
croit en moi ne mourra jamais» (cf. Jn 11, 25-26). A
la lumière de ces mots, la mort - non plus
condamnation, ni même conclusion irrationnelle de
la vie dans le néant - se révèle
être le temps de l'espérance vive et
certaine de la rencontre face à face avec le
Seigneur.
Fais-nous savoir comment compter nos jours, que
nous venions de cur à la sagesse (Ps 89
[90], 12)
Un des «charismes de la
longévité», selon la Bible, est la
sagesse. Mais la sagesse n'est pas une prérogative
automatique de l'âge; c'est un don de Dieu que le
vieillard doit accueillir et se fixer pour but, afin de
parvenir à la sagesse du cur qui permet de
«savoir compter [ses] jours»,
c'est-à-dire de vivre de façon responsable
le temps que la Providence concède à
chacun. Le point essentiel de cette sagesse est la
découverte du sens le plus profond de la vie
humaine et du destin transcendant de la personne en Dieu.
Or, si cela est déjà important pour le
jeune, il l'est encore plus pour le vieux, appelé
à orienter sa vie sans jamais perdre de vue la
«seule chose nécessaire» (cf. Lc 10,
42).
En toi, Seigneur, j'ai mon abri, sur moi pas de
honte à jamais (Ps 70 [71],
1)
Ce psaume, qui frappe par sa beauté, n'est
qu'une des nombreuses prières de vieillards que
l'on rencontre dans la Bible et qui témoignent des
sentiments religieux de l'âme devant le Seigneur.
La prière est la voie royale de la
compréhension de la vie selon l'esprit, propre aux
personnes âgées. La prière est un
service, c'est un ministère que les personnes
âgées peuvent accomplir pour le bien de
toute l'Eglise et du monde. Même les vieux les plus
malades ou ceux qui sont contraints à
l'immobilité peuvent prier. La prière est
leur force, la prière est leur vie. A travers la
prière, ils participent aux douleurs et aux joies
des autres; ils peuvent rompre le cercle de l'isolement,
sortir de leur condition d'impuissance. Le discours sur
la prière est un discours central qui touche
également la façon dont une personne
âgée peut devenir contemplative. Un vieil
homme ou vieille femme réduit à la
dernière extrémité, sur son lit,
devient comme une sorte de moine, d'ermite et, par sa
prière, peut englober le monde entier. Il semble
impossible qu'une personne ayant vécu toute sa vie
d'une manière très active puisse devenir
contemplative. Et pourtant, il y a des moments de la vie
où des ouvertures se produisent au profit de toute
la communauté humaine. Or, la prière est
l'ouverture par excellence, car «il n'y a pas de
renouveau, même social, qui ne parte de la
contemplation. La rencontre avec Dieu dans la
prière introduit dans les méandres de
l'histoire une force [...] qui touche les
curs, les conduit à la conversion et au
renouveau, et par cela elle devient alors une puissante
force historique de transformation des structures
sociales». (6)

III. PROBLÈMES DES PERSONNES
ÂGÉES: PROBLÈMES DE
TOUS
Marginalisation
Parmi les problèmes que rencontrent souvent
les personnes âgées dans leur vie
d'aujourd'hui, l'un d'entre eux - peut-être plus
que les autres - porte atteinte à la
dignité de la personne : la marginalisation. Le
développement de ce phénomène,
relativement récent, a trouvé un terrain
fertile dans une société qui mise sur
l'efficacité et sur l'image peaufinée d'un
homme éternellement jeune, excluant ainsi de ses
«réseaux de relation» ceux qui ne
satisfont plus à certains critères.
L'éviction des responsabilités
institutionnelles avec les déficiences sociales
qui en découlent, la pauvreté ou la
réduction drastique des revenus et des ressources
économiques capables de garantir une vie digne et
la possibilité de bénéficier de
soins adéquats, de même que
l'éloignement plus ou moins progressif de la
personne âgée de son milieu social et
familial sont les facteurs qui placent de nombreuses
personnes âgées en marge de la
communauté humaine et de la vie civile.
La dimension la plus dramatique de cette
marginalisation est le manque de rapports humains qui
provoque chez de nombreuses personnes âgées
non seulement la souffrance du détachement, mais
aussi de l'abandon, de la solitude et de l'isolement. En
outre, la diminution des contacts interpersonnels et
sociaux amenuise l'entrain et réduit le niveau
d'information ainsi que les instruments culturels.
Lorsqu'elles se sentent impuissantes à changer
leur situation, n'ayant pas la possibilité de
participer aux processus de décision qui les
concernent, aussi bien en tant que personnes qu'en tant
que citoyens, les personnes âgées finissent
par perdre le sens d'appartenance à la
communauté dont elles sont membres.
Le problème concerne tout le monde et c'est la
société, à travers ses diverses
instances, qui doit intervenir pour garantir la tutelle
effective, notamment juridique, de cette partie
importante de la population qui vit en état de
précarité
socio-économico-informative.
Assistance
Aujourd'hui encore, pour soigner et pour assister
les malades âgés, qui ne peuvent se prendre
en charge tout seuls, qui n'ont pas de famille ou qui
disposent de faibles moyens économiques, on a -
toujours plus - recours au système d'assistance
institutionnalisée. Mais l'admission en
hôpital ou en maison de soins peut se traduire par
une sorte de ségrégation de la personne de
son contexte civil. Certains choix d'aides sociales et
les institutions qui en découlent, fruits d'un
passé spécifique à un contexte
socio-culturel différent, sont désormais
dépassés et même opposés
à une nouvelle sensibilité humaine. Une
société consciente de ses propres devoirs
à l'égard des générations les
plus âgées, qui ont contribué
à édifier son présent, doit savoir
créer des institutions et des services
appropriés. Lorsque c'est possible, il faut
garantir aux personnes âgées la
possibilité de demeurer dans leur milieu de vie
grâce à des interventions de soutien, comme
l'assistance à domicile, le day-hospital, les
centres de soins journaliers, etc.
Dans ce contexte, il n'est pas déplacé
d'aborder la question des résidences pour
personnes âgées. Du fait même qu'elles
hébergent des personnes qui ont dû quitter
leur maison, elles doivent être encouragées
à respecter toujours mieux l'autonomie et la
personnalité de chacune, à garantir
à toutes la possibilité d'exercer des
activités liées à leurs
intérêts, à dispenser tous les soins
nécessaires en fonction de l'âge qui avance,
conférant à cet accueil une dimension la
plus familiale possible.
Formation et travail
La mentalité contemporaine tend à
lier étroitement formation et travail. Ce qui
explique le manque de programmes de formation pour le
troisième âge. A une époque où
le training et le recyclage constants sont une condition
indispensable pour rester à niveau et s'adapter
à l'évolution rapide des technologies et en
retirer tous les bénéfices possibles,
notamment d'ordre matériel, les personnes
âgées - dont le savoir ne trouve plus sa
place sur le marché du travail - se voient exclues
des politiques d'éducation permanente. Ce qui va
à l'encontre de leur demande croissante et de
leurs attentes en ce sens.
La séparation d'avec le monde du travail et
d'avec tout ce qui lui est lié advient de
manière brusque, peu flexible, et ne coïncide
que rarement avec les temps et les modalités
choisis par les intéressés. Pour compenser
des retraites insuffisantes, sinon inexistantes, beaucoup
cherchent en vain un travail. Il faut satisfaire ce
besoin de sécurité en fournissant des
occasions qui, en donnant aux personnes
âgées la possibilité de faire quelque
chose, leur permettent aussi d'exprimer leur
créativité et de développer la
dimension spirituelle de leur vie.
Il semble désormais prouvé que la mise
à la retraite obligatoire entraîne un
processus de vieillissement précoce alors que
l'exercice d'une activité au-delà de
l'âge de la retraite aurait un effet
bénéfique sur la qualité de la vie.
Le temps libre dont disposent les personnes
âgées est donc la première ressource
à prendre en considération pour leur
redonner un rôle actif, favorisant leur
accès aux nouvelles technologies, leur engagement
dans des travaux utiles sur le plan social ou une
ouverture à des expériences de service et
de volontariat.
Participation
On peut constater que, lorsqu'elles en ont
l'opportunité, les personnes âgées
participent activement à la vie sociale, aussi
bien sur le plan civil que sur le plan culturel et
associatif. Les nombreux postes de responsabilité
qu'occupent les retraités le confirment, par
exemple au niveau du volontariat, ainsi que leur poids
politique non négligeable. Il faut rectifier les
représentations erronées des personnes
âgées, les préjugés et les
déviations du comportement qui, de nos jours,
portent préjudice à leur image. Les
personnes âgées doivent être en mesure
d'influencer les politiques qui concernent leur vie, mais
aussi la vie de la société en
général, et ce grâce à des
organisations spécifiques à leur
catégorie et à une représentation
politique et syndicale. Il faut donc encourager la
création d'associations de personnes
âgées et soutenir celles qui existent
déjà. Comme l'a souhaité Jean-Paul
II, elles «doivent être reconnues par les
responsables de la société comme expression
légitime de la voix des personnes
âgées, et surtout de celles qui sont les
plus démunies». (7)
Pour endiguer la culture de l'indifférence,
l'individualisme exaspéré, la
compétitivité et l'utilitarisme qui
menacent aujourd'hui tous les milieux de la
société humaine, et pour conjurer toute
cassure entre les générations, il est
nécessaire de faire mûrir une nouvelle
mentalité, de nouveaux styles de vie, une nouvelle
façon d'être, une nouvelle culture. Il est
nécessaire de chercher à atteindre un
bien-être et une justice sociale qui respectent la
personne humaine et sa dignité.

IV. L'ÉGLISE ET LES PERSONNES
ÂGÉES
«La vie des personnes âgées
[...] aide à éclairer
l'échelle des valeurs humaines; elle fait voir la
continuité des générations et
démontre à merveille
l'interdépendance du peuple de Dieu». (8)
L'Eglise est, de fait, le lieu où les diverses
générations sont appelées à
participer au projet d'amour de Dieu dans un rapport
d'échange réciproque des dons dont chacun
est porteur par la grâce de l'Esprit Saint. Un
échange au sein duquel les personnes
âgées sont porteuses de valeurs religieuses
et morales qui représentent un riche patrimoine
spirituel pour la vie des communautés
chrétiennes, des familles et du monde.
La pratique religieuse occupe une place de choix dans
la vie des personnes âgées. Le
troisième âge semble favoriser une ouverture
particulière à la transcendance. Parmi les
éléments qui viennent le confirmer, citons
notamment : la participation assidue et nourrie des
personnes âgées aux assemblées
liturgiques, les retournements inattendus de nombreuses
personnes âgées qui se rapprochent de
l'Eglise après de longues années
d'éloignement, l'espace important
réservé à la prière, qui
représente une précieuse contribution au
capital spirituel d'oraisons et de sacrifices dans lequel
l'Eglise puise abondamment et qui doit être
réévalué au sein des
communautés ecclésiales et des
familles.
Souvent vécue d'une manière très
simple, mais non moins profonde pour autant, la
religiosité des personnes âgées des
deux sexes est assez diversifiée -
déterminée souvent par la plus ou moins
grande intensité qu'a revêtue la foi dans la
façon de vivre les autres saisons de
l'existence.
Parfois, elle est caractérisée par un
certain fatalisme : alors la souffrance, les limitations,
les maladies, les pertes liées à cette
phase de la vie sont considérées comme des
signes de Dieu qui cesse d'être bienveillant, sinon
comme des punitions de Dieu. La communauté
ecclésiale a la responsabilité de purifier
ce fatalisme, en faisant évoluer la
religiosité des personnes âgées et en
rendant à leur foi un horizon
d'espérance.
Dans cette uvre, la catéchèse joue
un rôle primordial pour effacer l'image d'un Dieu
de la crainte, en conduisant la personne
âgée à découvrir le Dieu de
l'amour. La familiarité avec l'Ecriture Sainte,
l'approfondissement des contenus de notre foi, la
méditation sur la mort et la résurrection
du Christ aideront à éliminer du cur
des personnes âgées cette dimension de
rétribution du rapport avec Dieu, qui n'a rien
à voir avec son amour de Père. En
participant à la prière liturgique et
sacramentelle de la communauté chrétienne
et en prenant part à sa vie, les personnes
âgées comprendront toujours davantage que le
Seigneur n'est pas impassible devant la douleur de
l'homme, ni en face de leur difficulté personnelle
à vivre.
Il est du devoir de l'Eglise d'annoncer aux personnes
âgées la bonne nouvelle de Jésus qui
se révèle à elles comme il se
révéla à Siméon et à
Anne, qui les conforte de sa présence, les fait
exulter intérieurement par l'accomplissement des
attentes et des promesses qu'elles ont su garder vivantes
dans leur cur (cf. Lc 2, 25-38).
Il est du devoir de l'Eglise d'offrir aux personnes
âgées la possibilité de rencontrer le
Christ, en les aidant à redécouvrir la
signification de leur baptême, grâce auquel
elles ont été ensevelies avec le Christ
dans la mort «afin que, comme le Christ est
ressuscité des morts par la gloire du Père,
[elles puissent vivre, elles] aussi, dans une vie
nouvelle» (Rm 6, 4) et trouver en lui le sens de
leur présent et de leur avenir. L'espérance
s'enracine en effet dans la foi en cette présence
de l'Esprit de Dieu, «Celui qui a ressuscité
le Christ Jésus d'entre les morts» et qui
«donnera aussi la vie à [nos] corps
mortels» (ibid. 8, 11). La conscience de la
renaissance dans le Baptême fait en sorte que
l'émerveillement de l'enfance devant le
mystère de l'amour de Dieu qui se manifeste dans
la création et dans la rédemption ne
disparaisse pas du cur des personnes
âgées.
Il est du devoir de l'Eglise de faire prendre vivement
conscience aux personnes âgées de la
tâche qu'elles ont, elles aussi, de transmettre au
monde l'Evangile du Christ, révélant
à tous le mystère de sa présence
permanente dans l'histoire; et de les rendre conscientes
de leur responsabilité car elles sont les
témoins privilégiés - pour la
communauté humaine et chrétienne - de la
fidélité de Dieu qui tient toujours ses
promesses envers l'homme.
La pastorale d'évangélisation ou de
nouvelle évangélisation des personnes
âgées doit tendre à la croissance de
la spiritualité propre à leur âge,
à savoir la spiritualité de la renaissance
continuelle dont Jésus parle au vieillard
Nicodème en l'invitant à ne pas se laisser
réfréner par sa vieillesse, mais de
s'efforcer de renaître, dans l'Esprit, à une
vie nouvelle, chargée d'espérance, car
«ce qui est né de la chair est chair, ce qui
est né de l'Esprit est esprit» (Jn 3, 6).
A tous ses disciples, à chacune des phases de
leur vie, le Christ adresse son appel à la
sainteté : «Vous serez parfaits comme votre
Père céleste est parfait» (Mt 5, 47).
Les vieux aussi, malgré les années qui
passent et qui risquent d'éteindre leurs
élans et leurs enthousiasmes, doivent donc se
sentir plus que jamais interpellés à se
mesurer avec les horizons fascinants de la
sainteté chrétienne : le chrétien ne
doit pas permettre à l'apathie et à la
fatigue de bloquer son cheminement spirituel.
Cette uvre pastorale nécessite de former
des prêtres, du personnel et des volontaires -
jeunes, adultes et personnes âgées
elles-mêmes - riches en humanité et en
spiritualité, qui aient la capacité
d'approcher les personnes des troisième et
quatrième âges et d'aller au-devant
d'attentes, souvent très individuelles, d'ordre
humain, social, culturel et spirituel.
Les différents secteurs de la pastorale
spécialisée doivent également tenir
compte des personnes âgées et de leurs
exigences spirituelles : de la pastorale familiale - qui
ne peut pas négliger leur rapport avec la famille,
non seulement sur le plan des services mais aussi sur
celui de la vie religieuse - à la pastorale
sociale, en passant par celle du monde de la
santé.
L'apport des personnes âgées
elles-mêmes dans la pastorale est indispensable.
Grâce à leur richesse de vie et de foi,
elles peuvent profiter de choses nouvelles et anciennes
et en faire profiter la communauté tout
entière. Loin d'être des sujets passifs de
la pastorale de l'Eglise, les personnes
âgées sont des apôtres
irremplaçables, surtout parmi les gens de leur
âge, car personne ne connaît mieux qu'elles
les problèmes et la sensibilité de cette
phase de la vie humaine. L'apostolat des personnes
âgées parmi les personnes âgées
sous forme de témoignage de vie acquiert une
importance particulière aujourd'hui. A notre
époque, comme l'a écrit Paul VI dans
Evangelii nuntiandi, l'homme «écoute plus
volontiers les témoins que les maîtres
[...] ou s'il écoute les maîtres,
c'est parce qu'ils sont des témoins» (n. 41).
Il n'est donc pas secondaire de savoir montrer
concrètement que, lorsqu'elle est vécue en
chrétien, cette saison de la vie revêt toute
la beauté de la signification profonde qu'elle
acquiert dans l'ensemble de l'existence humaine. Et
l'annonce directe de la parole de Dieu, des personnes
âgées aux personnes âgées, et
des personnes âgées aux
générations de leurs fils et de leurs
petits-fils, n'est donc pas secondaire non plus.
Par la parole et la prière, mais aussi par les
renoncements et les souffrances que comporte l'âge
avancé, les personnes âgées ont
toujours été et demeurent
d'éloquents témoins et communicateurs de la
foi dans les communautés chrétiennes et
dans les familles. Parfois, dans des conditions de
véritable persécution, comme ce fut le cas,
par exemple, sous les régimes totalitaires
athées du socialisme réel au XXe
siècle. Qui n'a pas entendu parler des
«babouchkas» russes? Ces grand-mères
qui, durant les longues décennies où croire
équivalait à un crime, ont
été capables de maintenir vivante la foi
chrétienne en la transmettant aux
générations de leurs petits-enfants. C'est
grâce à leur courage que la foi n'a pas
entièrement disparu dans les anciens pays
communistes et qu'il existe aujourd'hui encore un mince
rameau auquel se raccrocher en vue d'une nouvelle
évangélisation. L'Année
internationale 1999 offre une précieuse occasion
de rappeler ces extraordinaires figures de personnes
âgées - hommes et femmes - et leur
témoignage aussi héroïque que
silencieux. L'Eglise, mais aussi la civilisation humaine,
leur doit beaucoup.
Pour encourager la participation active des personnes
âgées à l'uvre
d'évangélisation, les associations et les
mouvements ecclésiaux - «l'un des dons de
l'Esprit Saint à [l'Eglise de] notre
époque» (9) - ont un rôle important
à jouer. Beaucoup de personnes âgées
ont déjà trouvé un terrain fertile
pour leur formation, leur engagement et leur apostolat au
sein des diverses associations présentes dans les
paroisses, devenant ainsi de véritables acteurs
à l'intérieur de la communauté
chrétienne. Il ne manque pas non plus de groupes
et de communautés travaillant plus
spécifiquement dans le monde du troisième
âge. Grâce à leurs charismes, toutes
ces réalités créent des milieux de
communion entre les générations et un
climat spirituel qui aide les personnes
âgées à conserver leur élan et
leur jeunesse spirituels.

V. ORIENTATIONS POUR UNE PASTORALE DES PERSONNES
ÂGÉES
Partageant «les joies et les espoirs, les
tristesses et les angoisses des hommes de ce temps»,
(10) l'Eglise prodigue non seulement sa sollicitude
maternelle à leur égard grâce
à des uvres d'assistance et de
charité, mais elle demande aussi aux personnes
âgées de continuer leur mission
évangélisatrice, qui non seulement est une
tâche possible et un devoir, même à
cet âge, mais qui, à cet âge
précisément, prend une forme
spécifique et originale.
Dans son exhortation apostolique post-synodale
Christifideles laici sur la vocation et la mission des
laïcs, Jean-Paul II, s'adressant aux personnes
âgées, écrit: «Le départ
[...] à la retraite ouvre de nouveaux
espaces à [votre] travail apostolique :
c'est là une tâche à assumer avec
courage, en surmontant résolument la tentation de
se replier nostalgiquement sur un passé qui ne
reviendra plus et de se refuser à un engagement
présent, à cause des difficultés
rencontrées dans un monde sans cesse nouveau; il
s'agit, au contraire, de prendre sans cesse une
conscience plus claire de son rôle personnel dans
l'Eglise et dans la société, car ce
rôle ne connaît pas d'arrêt
provoqué par l'âge, mais ne fait que prendre
des aspects nouveaux. [...] L'entrée dans
le troisième âge doit être
regardée comme un privilège : non seulement
parce que tout le monde n'a pas la chance d'atteindre
cette étape, mais aussi et surtout parce que c'est
le temps où il est concrètement possible de
mieux examiner le passé, de mieux connaître
et de vivre plus intensément le mystère
pascal, de devenir un exemple dans l'Eglise pour le
peuple de Dieu tout entier» (n. 48).
Pour sa part, la communauté ecclésiale
est appelée à répondre aux attentes
de participation des personnes âgées en
mettant en valeur le «don» qu'elles
représentent en tant que témoins de la
tradition de foi (cf. Ps 44, 2; Ex 12, 26-27),
maîtres de vie (cf. Si 6, 34; 8, 11-12), agents de
la charité. Elle doit donc se sentir
interpellée et repenser la pastorale du
troisième âge comme un espace ouvert
à leur action et à leur collaboration.
Parmi les secteurs qui se prêtent le mieux
au témoignage des personnes âgées
dans l'Eglise, il ne faut pas oublier:
- L'activité caritative. Une grande
partie des personnes âgées ont suffisamment
d'énergies physiques, mentales et spirituelles
pour employer généreusement leur temps
libre et leurs talents dans des actions et des programmes
de volontariat.
- L'apostolat. Les personnes âgées
peuvent grandement contribuer à l'annonce de
l'Evangile comme catéchistes et comme
témoins de vie chrétienne.
- La liturgie. Beaucoup de personnes
âgées contribuent déjà
très efficacement à l'entretien des lieux
de culte. Si elles sont correctement formées,
beaucoup plus de personnes du troisième âge
pourraient devenir diacres permanents, recevoir le
Lectorat et l'Acolytat, être employées pour
le ministère extraordinaire de l'Eucharistie et
recevoir la charge d'animateur de la liturgie, des formes
de piété eucharistique et des
dévotions, surtout des dévotions mariales
et du culte des saints.
- La vie des associations et des mouvements
ecclésiaux. Surtout après le Concile,
on a vu se manifester une grande ouverture des personnes
âgées à la dimension communautaire de
la vie de foi. La croissance de nombreux mouvements et
associations - qui représentent un grand
enrichissement pour l'Eglise - est due notamment à
une participation qui intègre les
générations et manifeste la richesse et la
fécondité des différents charismes
de l'Esprit.
- La famille. Les personnes âgées
constituent la «mémoire historique» des
générations les plus jeunes et sont
porteuses de valeurs humaines fondamentales. Lorsque la
mémoire vient à manquer, les racines
viennent à manquer aussi, et avec elles la
capacité de se projeter avec espoir dans un avenir
outrepassant les frontières du temps
présent. La famille et, donc, la
société tout entière tireront un
grand profit de la remise en valeur du rôle
éducatif des grands-parents.
- La contemplation et la prière. Il faut
encourager les personnes âgées à
consacrer les années, dont Dieu seul sait le
nombre qui leur reste à vivre, à une
nouvelle mission illuminée par l'Esprit Saint,
marquant ainsi le commencement d'une étape de la
vie humaine qui, à la lumière du
mystère pascal du Seigneur, se
révèle être la plus riche et la plus
prometteuse. A ce propos, s'adressant aux participants du
Forum international sur le vieillissement actif,
Jean-Paul II déclarait : «Les personnes
âgées, par leur sagesse et leur
expérience, fruits de toute une vie, sont
entrées dans une phase de grâce
extraordinaire qui leur ouvre des occasions
inédites de prière et d'union à
Dieu. De nouvelles énergies spirituelles leur sont
concédées et elles sont appelées
à les mettre au service des autres, faisant de
leur vie une fervente offrande au Seigneur et Donneur de
la vie». (11)
- L'épreuve, la maladie, la souffrance.
Ces expériences représentent le moment qui
fait «compléter» dans sa chair et dans
son cur la passion du Christ pour l'Eglise et pour
le monde (cf. Col 1, 24). Il est important d'amener les
personnes âgées - et pas seulement elles -
à savoir saisir cette dimension de
témoignage qui consiste à s'abandonner
entre les mains de Dieu, sur les traces du Seigneur. Mais
cela ne sera possible que dans la mesure où la
personne âgée se sentira aimée et
honorée. L'attention aux plus faibles, aux
souffrants, à ceux qui ne sont pas autonomes, est
un devoir de l'Eglise et une preuve de
l'authenticité de sa maternité. Toute une
série de soins et de services devront donc
être offerts pour que les personnes
âgées ne se sentent pas inutiles ou un
poids, et pour qu'elles vivent leur souffrance comme une
possibilité de rencontre avec le mystère de
Dieu et de l'homme.
- L'engagement en faveur de la «culture de la
vie». Le temps de la maladie et de la souffrance
est un temps qui rappelle par excellence le principe
inaliénable du caractère sacré et
inviolable de la vie. La mission de Jésus
lui-même, avec les nombreuses guérisons
qu'il accomplit, montre bien que Dieu attache de
l'importance à la vie corporelle de l'homme (cf.
Lc 4, 18). Mais l'homme ne peut pas choisir d'une
façon arbitraire de vivre ou de mourir, de faire
vivre ou de faire mourir : seul celui en qui nous avons
«la vie, le mouvement et l'être» (Ac 17,
28; cf. Dt 32, 39) est maître de ce choix. La
fermeture à la transcendance, typique de nos
jours, ne cesse cependant d'amplifier la tendance
à n'apprécier la vie que dans la mesure
où elle apporte du plaisir et du bien-être
et à considérer la souffrance comme un
échec insupportable dont il faut se libérer
à tout prix. La mort, tenue pour
«absurde» si elle interrompt une vie encore
ouverte à un avenir riche d'expériences
intéressantes à faire, devient au contraire
une «libération revendiquée»
quand l'existence est considérée comme
dépourvue de sens parce que plongée dans la
douleur. Tel est le contexte culturel du drame de
l'euthanasie que l'Eglise condamne parce qu'elle
constitue une «grave violation de la loi de Dieu, en
tant que meurtre délibéré moralement
inacceptable d'une personne humaine». (12)
Etant donné la grande diversité de
situations et de conditions de vie des personnes
âgées, la pastorale des troisième et
quatrième âges devrait impliquer la mise en
uvre d'initiatives permettant d'atteindre des
objectifs tels que:
- Mieux faire connaître les exigences des
personnes âgeées et, non des moindres,
celle de pouvoir contribuer à la vie de la
communauté en accomplissant des activités
conformes à leur condition. Cette connaissance
permettra d'intervenir de façon spécifique
pour sensibiliser et impliquer les communautés
ecclésiales et civiles, en s'orientant vers les
choix qui semblent les plus opportuns du point de vue
évangélique et culturel, notamment en vue
du renouveau des uvres de charité et
d'assistance de l'Eglise.
- Aider les personnes âgées
à surmonter certaines attitudes les conduisant
à l'indifférence, à la
méfiance et même à renoncer à
une participation active et à une prise de
responsabilité commune.
- Intégrer les personnes
âgées, sans discriminations, dans la
communauté des croyants. Tous les baptisés,
à chaque moment de leur vie, doivent pouvoir
renouveler la richesse de la grâce de leur
Baptême et la vivre pleinement. Personne ne doit
demeurer sans l'annonce de la Parole de Dieu, sans le don
de la prière et de la grâce de Dieu, et sans
le témoignage de la charité.
- Organiser la vie de la communauté de
façon à favoriser et à encourager la
participation des personnes âgées, en
mettant en valeur les capacités de chacune. A
cette fin, les diocèses devraient créer en
leur sein des structures concernant le ministère
des personnes âgées. Les paroisses devraient
être invitées à développer des
activités spirituelles, communautaires et
récréatives pour cette couche d'âge.
La participation des personnes âgées au sein
des conseils diocésains et paroissiaux et des
conseils pour les affaires économiques devrait
aussi être prise en compte.
- Faciliter la participation des personnes
âgées à la
célébration de l'Eucharistie, en leur
offrant la possibilité de s'approcher du sacrement
de la Réconciliation et de prendre part à
des pèlerinages, des retraites, des exercices
spirituels, en faisant attention à ce qu'elles
n'en soient pas empêchées par un manque
d'accompagnement ou par des barrières d'ordre
architectural.
- Rappeler que le service et l'assistance dus aux
malades âgés et non autonomes ou
à ceux chez qui un déclin sénile a
entraîné une perte de leurs facultés
mentales, constituent également un accompagnement
spirituel à travers les signes médiateurs
de la prière et de la proximité dans la
foi, en tant que témoignage de la valeur
inaliénable de la vie, même lorsque celle-ci
est réduite à ses plus simples
expressions.
- Prendre un soin particulier de l'administration du
sacrement de l'Onction des Malades et du Viatique,
qui doit être précédée d'une
préparation catéchétique
adéquate. Lorsque les circonstances le permettent,
il est souhaitable que les pasteurs insèrent
l'administration du sacrement de l'Onction des Malades
dans des célébrations communautaires, aussi
bien dans les paroisses que dans les lieux de
résidence des personnes âgées.
- S'opposer à la tendance qui consiste
à laisser les mourants seuls, sans assistance
religieuse et sans réconfort humain. Ce devoir ne
revient pas seulement aux aumôniers, dont le
rôle est fondamental, mais aussi aux membres de la
famille et à la communauté
d'appartenance.
- Accorder une attention particulière,
d'un côté, aux personnes
âgées d'autres confessions religieuses
pour les aider à vivre leur foi dans un esprit de
charité et de dialogue et, d'un autre
côté, aux personnes âgées non
croyantes auxquelles il ne faut pas craindre de
témoigner de notre foi, dans un esprit de
fraternité et de solidarité.
- Se souvenir que si les personnes
âgées ont le droit de trouver un espace
dans la société, elles ont plus encore le
droit à une place d'honneur au sein de la
famille. Il faut rappeler à la famille,
destinée à être une communion de
personnes, la mission qui lui est propre : à
savoir de préserver, de révéler et
de communiquer l'amour. Il faut lui rappeler son devoir
de pourvoir à l'assistance de ses membres les plus
faibles, y compris les plus vieux, en les entourant
d'affection. Enfin, il faut aussi se souvenir que la
famille a besoin de soutiens adéquats: aides
économiques, services sociaux et médicaux,
ainsi que d'une politique du logement, des retraites et
de la sécurité sociale.
- S'intéresser aux personnes
âgées qui logent dans des institutions
publiques ou privées. La séparation d'avec
leur famille sera moins traumatisante si la
communauté maintient des liens avec les anciens.
La communauté paroissiale, «famille de
familles», doit devenir «diaconie»
à l'égard des personnes âgées
et de leurs problèmes, en recherchant notamment
à collaborer avec les responsables de ces
institutions afin de trouver des moyens opportuns
d'assurer une présence de volontariat, d'animation
culturelle et de service religieux. Ce dernier doit
garantir la nourriture eucharistique des personnes
âgées, en prenant soin à ce que la
Communion revête une signification de participation
à la célébration du jour du
Seigneur, de signe de la paternité de Dieu et de
la fécondité d'une vie et d'une souffrance
qui, si elles ne sont pas illuminées par le
réconfort du Seigneur, risquent de se perdre dans
la tristesse et même dans le désespoir.
- Ne pas oublier que parmi les personnes
âgées figurent des prêtres,
ministres de l'Eglise et pasteurs des communautés
chrétiennes. L'Eglise diocésaine doit les
prendre en charge par des initiatives et des structures
appropriées. Mais les communautés
paroissiales sont également appelées
à collaborer pour que les prêtres
âgés qui se retirent de leur
ministère actif, en raison de leur âge
avancé ou des motifs de santé, vivent dans
une situation digne et convenable. Cela vaut aussi pour
les communautés religieuses et pour leurs
supérieurs qui doivent prendre un soin particulier
de leurs confrères et consurs les plus
âgés.
- Eduquer les jeunes appartenant à des
groupes, à des associations et à des
mouvements actifs au sein des paroisses à
être solidaires des membres les plus
âgés de la communauté
ecclésiale. Cette solidarité entre les
générations peut également
s'exprimer à travers la compagnie que les jeunes
peuvent offrir aux plus anciens. Les jeunes qui ont
l'occasion de s'impliquer auprès des personnes
âgées savent que cette expérience les
forme et les fait mûrir, leur permettant
d'acquérir un sens de l'attention aux autres,
valable pour toute la vie. Dans une société
de consommation qui voit l'égoïsme et le
matérialisme triompher et au sein de laquelle les
moyens de communication ne servent en rien à
contenir la solitude croissante de l'homme, des valeurs
comme la gratuité, le dévouement, la
compagnie, l'accueil et le respect des plus faibles
représentent un défi pour ceux qui
souhaitent la naissance d'une nouvelle humanité
et, par conséquent, pour les jeunes aussi.
L'ensemble de l'action pastorale à
l'égard des personnes âgées gagnera
particulièrement à être
éclairé en se référant
constamment, non seulement au décret conciliaire
Apostolicam actuositatem, mais aussi aux documents du
magistère de ces dernières années,
en particulier à l'exhortation apostolique
post-synodale Christifideles laici, à la lettre
apostolique Salvifici doloris et à l'exhortation
apostolique Familiaris consortio.

CONCLUSION
Notre court voyage dans le monde des troisième
et quatrième âges a mis en lumière de
nombreux problèmes qui leur sont liés et
qui réclament des interventions spécifiques
de la part de la communauté civile, ainsi qu'une
attention pastorale toute particulière de la part
de la communauté ecclésiale. Ce parcours a
également révélé la richesse
en humanité et en sagesse des personnes
âgées qui ont encore beaucoup à
offrir à l'Eglise et à la
société.
Cheminer avec les personnes âgées et vers
les personnes âgées est un devoir pour tous.
Il est temps désormais de commencer à
uvrer en faveur d'un changement effectif de
mentalité à leur égard visant
à leur redonner la place qui leur revient au sein
de la communauté humaine.
La société et les institutions qui sont
préposées à ces questions sont
appelées à ouvrir aux personnes
âgées de justes espaces de formation et de
participation. Elles doivent aussi leur garantir des
formes d'assistance sociale et médicale
adaptées à la diversité des
exigences et répondant au besoin de la personne
humaine de vivre dans la dignité, la justice et la
liberté. A cette fin, en plus des politiques de
l'Etat attentives à favoriser et à
protéger le bien commun, il est nécessaire
- dans le respect du principe de subsidiarité - de
soutenir et de mettre en valeur l'action du volontariat
et les initiatives qu'inspire la charité
chrétienne.
La communauté ecclésiale doit agir pour
aider la personne âgée à vivre son
âge à la lumière de la foi et
à redécouvrir elle-même la valeur des
ressources qu'elle est encore en mesure d'offrir au
service des autres et qu'elle a la responsabilité
d'offrir aux autres. La personne âgée doit
devenir toujours plus consciente qu'elle a encore un
avenir à bâtir, car son engagement
missionnaire demeure. Il consiste à
témoigner aux yeux des petits, des jeunes, des
adultes et des gens de son âge qu'en dehors du
Christ il n'y a aucun sens, il n'y a aucune joie, ni dans
la vie personnelle, ni dans les relations avec les
autres.
«La moisson est abondante» (cf. Mt 9, 37).
Ces paroles du Seigneur s'appliquent bien au champ de la
pastorale des troisième et quatrième
âges, un champ qui, par son ampleur, requiert
l'action et les efforts généreux et
passionnés de nombreux apôtres, de nombreux
agents pastoraux, de témoins convainquants de la
plénitude qui peut caractériser cette
saison de la vie si elle est fondée sur le
«roc» qu'est le Christ (cf. Mt 7, 24-27).
Un exemple extraordinaire de cette
vérité nous vient de Jean-Paul II, grand
témoin, en cela aussi, pour l'homme d'aujourd'hui.
Le Pape vit sa vieillesse d'une manière
très naturelle. Loin de la cacher (qui ne l'a
jamais vu plaisanter sur sa canne?), il la vit sous le
regard de tous. Avec une simplicité sereine, il
dit lui-même : «Je suis un vieux
prêtre». Il vit sa vieillesse dans la foi, au
service du mandat que le Christ lui a confié. Il
ne se laisse pas conditionner par l'âge. Ses
soixante-dix-huit ans achevés n'ont pas nui
à sa jeunesse d'esprit. Son indéniable
fragilité physique n'a pas non plus entamé
l'enthousiasme avec lequel il se consacre à sa
mission de Successeur de Pierre. De fait, on constate que
sa parole ne cesse d'acquérir davantage de force,
qu'elle atteint plus que jamais le cur des
gens.
Le cheminement avec les personnes âgées,
s'il est accompagné d'une pastorale attentive aux
diversités des besoins et des charismes, ouverte
à la participation de tous et tendant à la
mise en valeur des capacités de chacun,
représentera un enrichissement pour toute
l'Eglise. Il est donc souhaitable que beaucoup d'entre
nous l'entreprennent avec courage, en saisissant la
signification profonde de ce chemin de conversion du
cur et de ce don entre les
générations.
1999, année consacrée aux personnes
âgées par les Nations Unies, est
l'année dédiée à Dieu le
Père dans le cadre de la préparation au
Grand Jubilé. C'est une coïncidence
providentielle qui peut être l'occasion, pour les
plus jeunes générations, de
reconsidérer et de retrouver une nouvelle base
dans leur rapport avec leurs pères; et, pour ceux
qui ne sont plus tout jeunes, de repenser leur existence
en la plaçant dans une optique joyeuse
témoignant que «toute la vie
chrétienne est comme un grand pèlerinage
vers la maison du Père, dont on retrouve chaque
jour l'amour inconditionnel pour toutes les
créatures humaines». (13)
En l'an 2000, année jubilaire qui introduit le
peuple de Dieu dans le troisième millénaire
de l'ère chrétienne, la journée du
17 septembre sera consacrée aux personnes
âgées. Nous sommes certains qu'elles ne
manqueront pas cet important rendez-vous. Nous
espérons aussi que la perspective du Grand
Jubilé inspirera des initiatives - aux niveaux
local, diocésain, national et international - qui
permettent aux personnes âgées d'exprimer
toujours davantage et en nombre toujours croissant leur
capacité de participer à la vie du monde et
de l'Eglise, de transmettre l'espérance et de
recevoir l'espoir. Car c'est uniquement avec elles, et
grâce à elles, que la louange du Seigneur
pourra être joyeusement chantée d'âge
en âge (cf. Ps 78 [79], 13).
Du Vatican, le 1er octobre 1998.
Stanislaw Rylko,
Secrétaire
James Francis Card. Stafford, Président